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Chariots et piétons : mesurer la co-activité par zone, sans regarder les personnes

Environ 8 300 accidents avec arrêt par an impliquant des chariots, une dizaine de morts, la moitié par renversement latéral. Ce que les caméras peuvent compter, et ce qu'elles ne doivent pas faire.

Par Oussama Messai Publié le 30 juillet 2026 4 min de lecture Read this post in English
Allée d'entrepôt avec un chariot élévateur et un piéton, vue par une caméra fixe

L’INRS compte environ 8 300 accidents du travail avec arrêt par an impliquant des chariots automoteurs, 580 incapacités permanentes et une dizaine de décès, la moitié par renversement latéral.1 Une note plus récente du même institut retient en moyenne 13 décès par an, dont les deux tiers par renversement latéral.1 Derrière ces chiffres nationaux, le mécanisme est toujours local : une allée, un croisement, une vitesse, une charge levée, un piéton là où il ne devrait pas être.

Ces situations sont filmées dans presque tous les entrepôts. La question est de savoir ce qu’on en fait, et surtout ce qu’on refuse d’en faire.

Deux cas, deux leçons

À Saint-Priest, près de Lyon, un intérimaire de 25 ans a été retrouvé coincé sous son chariot renversé, sans témoin, et a dû être amputé d’un pied ; l’année de l’accident reste à confirmer dans nos sources.2 Le détail qui compte n’est pas le renversement, c’est « sans témoin » : personne n’était dans la zone, personne n’a vu, personne n’a pu alerter.

À Pamiers, en juillet 2026, un cariste est mort lors du déplacement de cuves, son chariot s’étant renversé ; le parquet et l’inspection du travail enquêtent.2 C’est une usine, pas un entrepôt, mais les ingrédients sont ceux de l’INRS : la hauteur de la charge, le virage, le sol.

Dans les deux cas, ce qu’une caméra aurait montré n’est pas la faute d’une personne. C’est l’organisation autour d’elle : le travail isolé dans une zone, la co-activité à une heure donnée, la circulation hors des voies marquées.

Ce qu’on peut mesurer sans surveiller quelqu’un

Le réflexe de la vidéo « intelligente » est de suivre les individus : qui roule trop vite, qui coupe le marquage. C’est exactement ce que nous refusons, parce que c’est inefficace pour la prévention et inacceptable pour le CSE. Ce qui prévient un accident, c’est un chiffre par zone, pas par personne.

Ce que le site écritCe que l’agent compte, par zone et par créneauCe que ça change
« Chariot et piéton en même temps dans l’allée 4 »Nombre d’épisodes de co-présence, leur durée, leurs heuresOn déplace un flux, on décale une tournée de picking
« Travail isolé dans la zone de stockage haute »Présence d’une seule personne pendant plus de dix minutesOn revoit l’organisation du travail isolé
« Circulation hors des voies marquées »Épisodes de chariot hors marquage, par zoneOn corrige un marquage effacé ou un raccourci devenu habitude
« Piéton dans la voie chariots »Épisodes de présence piéton sur la voie, par zoneOn rouvre un passage protégé fermé « temporairement »

Chaque ligne va dans le DUERP, jamais dans un dossier individuel. Les images conservées sont floutées, aucune personne n’est identifiée, et les questions portant sur un salarié sont refusées par conception. C’est ce qui rend l’outil présentable à un CSE, et c’est ce qui le rend utile : on corrige une zone, pas un salarié.

La couverture, l’indicateur qu’on oublie

Le cas de Saint-Priest pose une question que peu de sites savent trancher : quelles zones sont réellement vues, et à quelles heures ? Camly mesure, pour chaque zone surveillée, la part du temps de travail pendant laquelle la vérification a eu lieu. Une zone à faible couverture n’est pas une zone sûre, c’est une zone aveugle. Ce chiffre seul justifie souvent de déplacer une caméra, ou d’en ajouter une, avant toute autre dépense.

Ce que Camly ne fait pas

  • Camly n’arrête pas un chariot et ne prévient pas un renversement à la seconde. Les équipements, la vitesse limitée et la formation des caristes le font.
  • Une vérification périodique attrape ce qui dure et ce qui se répète. Elle ne remplace pas un dispositif anticollision.
  • Aucun indicateur n’est produit par personne. Pas de reconnaissance faciale, pas de suivi individuel, pas de croisement avec les badges ou le WMS.

Par où commencer

Prenez le plan de circulation de votre site et marquez les trois croisements où les équipes vous disent qu’il y a « toujours quelqu’un ». Vérifiez que les caméras les voient. Écrivez pour chacun la phrase qui décrit la co-activité à éviter. Trente jours plus tard, vous aurez des heures, des durées et des récurrences par zone : c’est le périmètre d’un pilote Camly, et c’est la première fois que le DUERP parlera de chariots avec des chiffres du site.

Sources

  1. INRS, chariots automoteurs (ED 125) : environ 8 300 accidents avec arrêt, 580 incapacités permanentes, une dizaine de décès par an ; INRS, note technique NT 46 : 13 décès par an en moyenne, deux tiers par renversement latéral. ED 125 (PDF), NT 46 (PDF)
  2. Lyon Capitale, chariot renversé sur un site logistique de Saint-Priest, pied amputé (année à confirmer) ; info.fr, cariste tué à Pamiers, 3 juillet 2026. lyoncapitale.fr, info.fr