Ce qu'un accident coûte vraiment à un entrepôt en 2026
Barème AT/MP 2025, chiffres de l'entreposage non frigorifique, taux de cotisation : le coût d'un accident avec arrêt, ligne par ligne, et pourquoi la prévention ne se vend pas qu'en accidents évités.
Un responsable HSE ne lit pas un barème pour le plaisir. Il le lit parce qu’un accident avec arrêt vient de se produire et que la direction demande ce que cela va coûter. Cet article met les chiffres publics les plus récents côte à côte, ajoute les estimations de notre étude de marché en les signalant comme telles, et termine par une remarque honnête sur ce que la prévention rapporte vraiment.
L’entreposage, un secteur qui compte 1,6 fois plus d’accidents que la moyenne
Les chiffres 2024 de l’entreposage non frigorifique (code NAF 52.10B) donnent l’échelle du problème.1
| Indicateur, NAF 52.10B, 2024 | Valeur |
|---|---|
| Salariés | 106 769 |
| Accidents avec arrêt | 4 517 |
| Indice de fréquence (accidents pour 1 000 salariés) | 42,3, contre 26,4 en moyenne nationale |
| Nouvelles incapacités permanentes | 288 |
| Journées perdues | 515 000 |
| Journées indemnisées par accident, en moyenne | 114 |
| Part des accidents laissant une incapacité permanente | 6,4 % |
Ramené à un site, cela se lit simplement : avec un indice de fréquence de 42,3, une plateforme de 200 salariés compte environ 8,5 accidents avec arrêt par an, un site de 70 salariés environ 3.2
Le barème 2025 : ce que chaque accident coûte au régime
Le coût direct est fixé par le barème annuel des coûts moyens, celui qui sert à calculer la cotisation AT/MP de chaque établissement. Pour le comité technique national C, qui couvre l’entreposage, le barème 2025 est le suivant.3
| Incapacité temporaire | Coût moyen | Incapacité permanente | Coût moyen |
|---|---|---|---|
| Sans arrêt ou moins de 4 jours | 238 € | Taux inférieur à 10 % | 2 282 € |
| 4 à 15 jours | 553 € | 10 à 19 % | 65 871 € |
| 16 à 45 jours | 1 773 € | 20 à 39 % | 127 944 € |
| 46 à 90 jours | 4 664 € | 40 % et plus, ou décès | 564 554 € |
| 91 à 150 jours | 8 786 € | ||
| Plus de 150 jours | 36 606 € |
Le barème 2026 relève chaque ligne d’environ 2,5 % ; un décès y est compté 588 090 €.3
Deux choses sautent aux yeux. La première est l’écart entre un arrêt court et un arrêt long : un facteur 150 entre la première ligne et la dernière. La seconde est le poids d’un seul événement grave : un décès ou une incapacité lourde pèse autant que des centaines d’accidents bénins.
Du barème au coût pour le site : environ 17 000 € par accident
En pondérant ces coûts par une distribution typique des durées d’arrêt et des taux d’incapacité, notre étude estime le coût direct moyen d’un accident avec arrêt dans l’entreposage à 5 600 € (estimation de l’étude).2 Les coûts indirects, remplacement, production perdue, temps d’encadrement, enquête, dégâts matériels, climat social, sont évalués par la plupart des préventeurs à deux à trois fois le coût direct ; l’étude retient un multiplicateur de 2. Un accident avec arrêt coûte donc au site environ 17 000 €, dont un tiers passe par la cotisation (estimation de l’étude).2
Pour la plateforme de 200 salariés citée plus haut, 8,5 accidents par an représentent de l’ordre de 145 000 € par an. Ce n’est pas un chiffre que l’on voit sur une ligne budgétaire ; il est réparti entre la cotisation, les heures des chefs d’équipe et les intérimaires appelés en urgence. C’est précisément pour cela qu’il est sous-estimé.
La cotisation AT/MP : vos accidents fixent votre prix
La cotisation AT/MP est payée par l’employeur en pourcentage de la masse salariale. Le taux net moyen national est de 2,12 % en 2025.3 Son mode de calcul dépend de l’effectif de l’entreprise :
- collectif (taux de la branche) sous 20 salariés ;
- mixte de 20 à 149 salariés, où les sinistres propres de l’établissement comptent en partie ;
- individuel à partir de 150 salariés, où le taux est calculé sur le coût des sinistres des trois dernières années connues.
Un décès ou une incapacité grave entre donc dans ce calcul pendant trois ans. Pour une plateforme en tarification individuelle, c’est l’événement unique qui change le taux de tout le site pour les trois exercices suivants.2
Une remarque honnête sur ce que la prévention rapporte
Notre étude est claire sur un point que les éditeurs d’outils de sécurité disent rarement : les accidents évités ne paient pas, à eux seuls, un outil de prévention.2 Même avec une réduction crédible de la part des accidents liés à des situations visibles sur caméra, le gain annuel sur ce seul poste reste inférieur au prix d’un abonnement pour un site moyen.
Ce qui fait pencher la balance, ce sont trois autres lignes : les heures HSE récupérées (rondes, constats, photos, comptes rendus), les audits et visites que l’on prépare avec un historique au lieu d’une semaine de travail, et l’effet, différé de deux ans, sur la cotisation. Et ce qui ne figure dans aucun tableau, c’est le risque de queue : un décès à 564 554 € plus les poursuites, ou un incendie, dépasse l’abonnement de dix à cent fois. La prévention se présente comme une assurance : elle réduit la probabilité et, surtout, elle prouve la diligence si l’événement survient.
Par où commencer
Prenez vos trois derniers accidents avec arrêt. Pour chacun, notez la durée, la ligne de barème correspondante, et si la situation qui l’a précédé était visible sur une caméra du site. Si deux sur trois l’étaient, vous savez où regarder pendant les trente prochains jours.
Sources
- Assurance Maladie, Risques professionnels : statistiques de sinistralité 2024 par code NAF (52.10B, entreposage et stockage non frigorifique). ameli.fr/entreprise
- Camly AI, étude d’adéquation au marché, entrepôts français, octobre 2026 (hypothèses H2 à H6 ; les montants marqués « estimation de l’étude » sont à valider en pilote).
- Assurance Maladie, Risques professionnels : barème des coûts moyens 2025 et 2026, comité technique national C ; taux net moyen national 2025. ameli.fr/entreprise