Des palettes contre le mur : les incendies qui commencent dehors, et la caméra à laquelle personne n'a confié de tâche
Une partie des incendies d'entrepôt démarre à l'extérieur, dans les déchets ou les palettes stockés contre le bâtiment. La caméra de façade le voit depuis des jours.
Quand on pense « incendie d’entrepôt », on imagine un départ de feu dans les racks. Le Bureau d’analyse des risques et pollutions industriels (BARPI) rappelle pourtant qu’une partie des incendies d’entrepôt commence dehors : des déchets, des palettes vides, des emballages accumulés contre le bâtiment, et un feu qui gagne la façade avant que l’intérieur ne soit touché.1 Il note aussi que les secours manquent souvent d’eau sur place pour l’éteindre.1
Ce sont des incendies à bas bruit. Ils ne commencent pas par une défaillance technique ni par une erreur de manutention. Ils commencent par une habitude : la benne qu’on a reculée contre le mur parce qu’elle gênait au milieu de la cour, les palettes vides qu’on empile près du quai 4 « en attendant le camion de reprise », les cartons qui débordent du local déchets. Autant d’états qui durent des jours, que tout le monde voit, et que personne ne mesure.
Ce que la campagne 2025 a relevé à l’extérieur
Lors de l’opération régionale de 2025 sur le risque d’incendie dans les entrepôts, l’absence de stockage extérieur contre les façades faisait partie des points contrôlés, au même titre que les issues de secours ou les allées coupe-feu.2 Sur 279 sites visités, 80 % présentaient au moins une non-conformité.2 Le stockage extérieur a ceci de particulier qu’il n’est presque jamais décidé : il s’accumule. Entre deux enlèvements de palettes, entre deux passages de la benne, la façade se charge, puis se vide, puis se recharge.
Le jour de la visite, l’inspecteur voit un instant de ce cycle. Le site, lui, ne sait pas dire si cet instant est l’exception ou la règle.
La caméra à laquelle personne n’a confié de tâche
Presque tous les entrepôts ont une caméra qui regarde les quais, la cour ou le parking. Elle a été posée pour la sûreté : les intrusions, les camions, les vols. Elle enregistre la façade du matin au soir. Et dans la plupart des sites, personne ne lui a jamais demandé autre chose que des images après coup.
C’est exactement la situation que Camly vise. Une tâche s’écrit en français, sur la caméra et la zone que vous choisissez :
« Aucune palette, benne ou emballage stocké contre la façade entre le quai 3 et le local déchets. »
Camly vérifie cet état à intervalles réguliers. Quand des palettes apparaissent contre le mur, un épisode s’ouvre, avec l’image, l’heure et la caméra. Quand la zone est dégagée, l’épisode se ferme. Ce qui reste, c’est une durée.
La durée est le chiffre utile
Un stockage extérieur de deux heures, le temps qu’un camion de reprise passe, n’est pas le même risque qu’un stockage de six jours. Une mention « palettes contre le mur » dans un compte rendu de ronde ne distingue pas les deux. Un historique d’épisodes, si.
| Ce que dit la ronde | Ce que dit l’historique Camly |
|---|---|
| « Palettes contre la façade, quai 4 » | Quai 4, épisode ouvert mardi 16 h 10, fermé vendredi 09 h 40, soit 65 heures |
| « À surveiller » | Quatre épisodes de plus de 24 heures sur le mois, tous les semaines paires |
| « Rappel fait aux équipes » | Durée moyenne divisée par trois après la mise en place de l’enlèvement du jeudi |
La récurrence par jour et par heure raconte l’organisation : un enlèvement de palettes trop espacé, une benne sous-dimensionnée, un quai que l’on utilise comme zone tampon faute de place à l’intérieur. La correction n’est pas une consigne de plus ; c’est un rendez-vous d’enlèvement, une benne supplémentaire, un marquage au sol. Et l’historique montre ensuite si la correction a tenu.
Ce que regarde l’audit de l’assureur
L’assureur dommages d’un entrepôt audite précisément les états que vos caméras peuvent suivre : allées coupe-feu dégagées, hauteur de stockage sous les sprinklers, combustibles éloignés de la zone de charge, issues de secours libres, et stockage extérieur tenu à distance des façades.3 Il les audite un jour par an. Ce qu’il ne peut pas voir, c’est les 364 autres jours.
Notre étude de marché estime le coût moyen d’un incendie d’entrepôt à environ 1,5 million d’euros, et la perte annuelle attendue, arrêt d’activité compris, autour de 17 000 euros pour une plateforme et 8 500 euros pour un site de taille moyenne.3 Ce sont des estimations, à valider en pilote. Mais elles donnent l’ordre de grandeur de ce que vaut une preuve de diligence : à l’audit, montrer la conformité de la zone extérieure dans la durée, les tendances et le taux de clôture des actions correctives pèse plus qu’une photo prise la veille.
Ce que Camly ne fait pas
Camly n’est pas un système de détection d’incendie. Il ne remplace ni le système de sécurité incendie, ni les sprinklers, ni les consignes d’enlèvement des déchets. Il regarde les états qui précèdent le feu, pas le feu. Il ne surveille pas non plus les personnes : les constats portent sur une zone et un état, et les personnes présentes sur les images conservées sont floutées.
Par où commencer
Faites le tour extérieur de votre site avec le plan des caméras. Il y a presque toujours une caméra de façade ou de cour dont le champ couvre l’endroit où les palettes s’accumulent. C’est la première tâche extérieure d’un pilote : trente jours pour savoir combien de temps, en réalité, le mur reste chargé.
Sources
- BARPI / ARIA, notes sur l’accidentologie des entrepôts : départs de feu à l’extérieur (déchets, palettes contre le bâtiment), difficultés d’alimentation en eau des secours. aria.developpement-durable.gouv.fr, note de synthèse entrepôts (PDF)
- Préfecture de la région Auvergne-Rhône-Alpes, « Prévention des risques industriels : l’État mène une vaste opération coup de poing sur le risque d’incendie dans les entrepôts », mis à jour le 16 septembre 2025. prefectures-regions.gouv.fr
- Camly AI, étude d’adéquation au marché, entrepôts français, octobre 2026 : section « Incendie et assurance dommages », d’après la base ARIA du BARPI ; coûts et pertes attendues estimés par l’étude, à valider en pilote. aria.developpement-durable.gouv.fr