Viviez, 2024 : la cause de l'incendie était sur les enregistrements du site
Les enquêteurs ont trouvé l'origine de l'incendie d'un entrepôt sur ses propres caméras, quinze mois plus tard. Les caméras voyaient ; personne ne regardait.
Le 17 février 2024, un entrepôt brûle à Viviez, dans l’Aveyron. En mai 2025, le Bureau d’enquêtes et d’analyses sur les risques industriels (BEA-RI) publie son rapport. La cause la plus probable, écrit-il, est l’emballement thermique d’une batterie portable stockée dans un contenant plastique. Et il le sait parce qu’il a visionné les enregistrements vidéo du site.1
Cette phrase mérite qu’on s’y arrête. L’origine d’un incendie qui a détruit un entrepôt n’a pas été reconstituée par des prélèvements ou des témoignages. Elle était enregistrée. Une caméra fixe regardait la zone de stockage, elle a vu la batterie, le contenant, les premières minutes. Tout cela a servi à l’enquête, quinze mois après, quand le bâtiment n’existait plus.
Ce que le rapport dit, et ce qu’il ne dit pas
Le BEA-RI ne reproche rien aux caméras : elles ont fait exactement ce pour quoi on les installe, enregistrer. Le rapport décrit un stockage de batteries portables dans un contenant plastique et conclut à un emballement thermique comme cause la plus probable.1 Il ne dit pas qu’un opérateur aurait pu intervenir à temps ; il ne dit pas non plus le contraire. Ce qu’il établit, c’est que la situation qui a précédé le feu était visible.
C’est la distinction que nous voulons poser : enregistré et regardé sont deux choses différentes. Un enregistrement est une preuve pour après. Une observation est une information pour pendant.
Grand-Couronne, treize mois plus tôt
Le 16 janvier 2023, un entrepôt logistique brûle à Grand-Couronne, près de Rouen. Le rapport du BEA-RI, publié en mars 2025, décrit des batteries lithium-métal-polymère stockées en rack, un flash vu par le personnel, puis un emballement thermique qui alimente un feu de forte intensité, lequel consume ensuite le stock.2
Là encore, l’élément déterminant tient aux conditions de stockage des premières minutes : quelles batteries, dans quel rack, à côté de quoi. Ce sont des états du site, qui durent des heures ou des jours avant l’événement, et qu’une caméra de zone enregistre toute la journée sans que personne ne la consulte.
Ce qu’une tâche d’état aurait rapporté
Camly ne détecte pas un incendie. Il vérifie, à intervalles réguliers, si un état décrit en français est vrai dans une zone d’une caméra existante. Sur une zone de stockage de batteries, la tâche s’écrit ainsi :
| Ce que le site écrit | Ce que l’agent vérifie | Ce qui sort |
|---|---|---|
| « Aucune batterie stockée hors de l’armoire dédiée » | Présence de batteries ou de contenants dans la zone, en dehors de l’armoire | Une alerte avec l’image, l’heure, la caméra |
| « Pas de combustibles dans la zone de dégagement » | Cartons, film, palettes bois au contact du rack | Un épisode avec un début, une fin, une durée |
| « La zone est rangée en fin de poste » | État à l’heure programmée | Une ligne dans le rapport du mois |
Le résultat n’est pas une vidéo de plus. C’est une durée : la batterie dans son contenant plastique est restée là de 9 h 40 à 17 h 15, trois jours de suite. C’est ce qu’un responsable HSE peut transformer en action le jour même, et ce qu’il peut montrer au DUERP, au CSE et à l’assureur comme preuve que le risque est surveillé et corrigé.
Ce que les caméras ne font pas
Il faut le dire clairement, parce que les deux rapports du BEA-RI décrivent des feux rapides et violents :
- Une caméra ne détecte pas un départ de feu. C’est le rôle du système de sécurité incendie, des détecteurs et des sprinklers. Camly regarde les états qui précèdent le feu, pas le feu.
- Une vérification périodique attrape ce qui dure. Elle ne remplace ni la consigne de stockage des batteries, ni l’armoire dédiée, ni la formation des équipes.
- Les constats portent sur des zones et des objets. Aucune personne n’est identifiée, les images conservées sont floutées, et les questions sur un salarié sont refusées par conception.
Par où commencer
Faites la liste des zones où votre site stocke ou charge des batteries : chariots, transpalettes, outillage portatif, retours clients. Pour chacune, trouvez la caméra qui la couvre et écrivez en une phrase ce qui ne doit jamais s’y trouver. Trois zones, trois phrases, trente jours : c’est exactement le périmètre d’un pilote Camly, et c’est le rapport que vous aimeriez avoir avant, plutôt que l’enregistrement que l’enquêteur consultera après.
Sources
- BEA-RI, rapport sur l’incendie de l’entrepôt SOPAVE à Viviez, 17 février 2024 (mai 2025) ; cause identifiée à partir des enregistrements vidéo du site. igedd.developpement-durable.gouv.fr
- BEA-RI, rapport sur l’incendie de l’entrepôt Highway France Logistics 8 à Grand-Couronne, 16 janvier 2023 (mars 2025). rapport (PDF)